En quête d’un nouveau contact pour la rubrique "La tête de l’emploi", je sors ce matin à la recherche d’un thanatopracteur. Un léger vent frais souffle dans les rues, et je ne me rends compte de rien ; la température augmente sensiblement tandis que la matinée se fane. Bientôt l’enfer se referme sur moi…
Arrivé à l’hôpital de la Timone, les employées de l’accueil me baladent de
service en service, certaines que : "Oui, bien sûr !Un thanatopracteur
fait partie de l’immense équipe." Je passe d’un bâtiment à l’autre, et la
transition me saisit à chaque fois : chaud-froid, chaud-froid jusqu’à
atterrir au Dépositoire où l’air est glacial. Oui, mais toujours pas de
thanatomachinchose. La secrétaire a la bonne idée de m’envoyer en dehors de
l’établissement pour me rendre chez deux pompes funèbres "Pas très loin",
m’assure-t-elle.
Et c’est vrai. En marchant à l’ombre, cela semble une promenade de santé,
surtout qu’aucune voiture ne circule. Mais je trouve porte close chez les deux
enseignes qui indiquent pourtant sur leur devanture : 24h/24. "Ça c’est un
peu fort !" réagit une habitante du coin à qui j’ai demandé si elle était au
courant d’une modification. Tenace, j’attends devant la vitrine fleurie. Je me
dis que l’employé est parti chercher son pain ou une bonne bouteille d’Évian
bien fraîche et sera vite de retour. Et je fais bien, car apparaît soudain une
jeune fille sortant d’une porte dérobée. Elle me reçoit, un masque de
circonstance sur son visage, puis est saisie lorsque je présente ma requête. Je
fais figure de maniaque obnubilé par le macabre. Qu’importe, la situation
m’amuse, et je garde contenance. Cependant, ici non plus, il n’y a pas de
thanatopracteur. Mais alors où se terre-t-il ce bonhomme ? Elle m’informe
avec assurance que forcément il s’en trouve un à la Capelette.
Ça fait une trotte, je cogite. Et puis il fait si bon ici, entre les
marbres et les fleurs artificielles. Pour un peu, je chercherais un prétexte
pour rester plus longuement, faire un brin de causette.
Bon, allez Christophe, au boulot ! D’autant que je veux mordicus
revenir avec une super interview. Il n’est alors pas loin de 11h30. Si je me
presse, je parviendrai à intercepter mon contact avant sa pause-déjeuner.
J’essaie de hâter le pas. Mais impossible. La chaleur m’accable, m’écrase comme
un vulgaire insecte sur une vitre. Je suffoque. Mais je tiens bon ; je
veux cette interview !
Lorsque ce satané soleil caresse ma jeune calvitie, je me rends compte alors
que j’ai oublié de prendre ma casquette avec moi. Ah, je crois mourir dix fois
avant d’atteindre ma cible !
Et vous savez quoi ? Ben non, pas de thanatopracteur là non plus.
Acueillante, la secrétaire me reçoit aimablement et m’offre de quoi me
réhydrater. L’eau n’a jamais eu aussi bon goût !
Choux blanc ! Dépité par mon échec, je finis par m’en retourner à mon quartier général, où j’use le reste de la journée à me rétablir de mon coup de chaleur.
Vécu le 17/07/06 Christophe Péridier